Ces petits gestes aux portées gigantesques

Durant mon arrêt de travail, j’ai vécu des journées douces, légères et joyeuses. Puis d’autres, plus difficiles, moroses et grises.

J’ai vu passer une publication sur le livre Architecture de la joie d'Anaïs Barbeau-Lavalette et Steve Gagnon ; une correspondance entre les deux artistes sur la quête de la joie. En lisant quelques passages, j’ai su que cette lecture était exactement ce qu’il me fallait dans cette période particulière.

Je me suis demandé : qu’est-ce qui m’apporte de la joie au quotidien ? Sans y répondre tout de suite, je me suis laissé porter par des élans, j’ai observé quelques gestes qui m'apaisent, me calment, m’ancrent.

Je me suis acheté des fleurs au petit commerce fermier du coin : deux variétés de tulipes (frisées). Je ne connais pas leur nom, mais elles m’émeuvent avec leur air coquin, un peu rebelle. Une sorte de « je-m’en-foutisme » inspirant.

J’ai nettoyé ma table de cuisine qui accumulait factures, mouchoirs de bébé malade, grenaille de fin de souper de la veille et autres objets incongrus. J’ai fait de la place à ces fleurs qui osent incarner leur pleine nature. Au repas, mon bébé les fixait, subjugué par leur beauté.

C’est en regardant mon fils fasciné par les fleurs que j’ai fait ce constat : La beauté m’apporte de la joie.

La beauté d’un bouquet sur ma table.
La beauté de mon fils sensible au vivant.
La beauté des fleurs qui changent, fanent.
La beauté simple, pure, m’est nécessaire.


J’ai observé mes journées avec attention.

Regarder mon chien qui se roule dans la neige fraîche de février. Voir les bourgeons qui gonflent jour après jour, signes d’un printemps qui approche. La lumière du jour qui s’allonge. Chanter à m’en donner des frissons. Boire mon premier café du matin. Écrire dans mon journal. Allumer un encens de qualité — ceux qui nous transportent. Boire une tisane choisie chez l’herboriste du coin. Prendre ma potion de fleurs de Bach. Mon rituel de tarot du dimanche soir. Rire avec mon amoureux. Danser avec mon bébé. Lire un roman qui me transporte. Réfléchir aux projets qui m’habitent. Faire de petits pas pour concrétiser ces projets. Avancer doucement.

Tant de petits gestes me remplissent de joie. De simples gestes aux portées gigantesques. Pour moi, la joie se cache dans l’infiniment petit et le gigantesque à la fois. Elle se cache dans une discussion avec une amie. Dans un cahier de croquis où l'on ne retient pas les traits de crayon.

La joie est partout et, pourtant, on finit parfois par l’oublier. Les préoccupations du quotidien, la société qui pète, les tâches qui n’en finissent plus. C’est parfois si simple de se déposséder de soi. D’être en pilote automatique. De ne plus questionner ce qui nous nourrit. De vouloir faire plus, plus vite, de façon plus productive, pour ensuite pouvoir profiter. Ensuite pouvoir relaxer. Après.

J’ai l’impression que la joie se cache dans la présence. Parce qu’en étant présent, on lui fait plus de place. Cette place au milieu de la table désencombrée, sous les regards des fins observateurs.

Et toi, qu’est-ce qui t’apporte de la joie ? Et surtout, comment la cultives-tu, cette joie ?

- Raphaëlle xo

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